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L’addiction au sport, la bigorexie, comment la reconnaître et en sortir ?

Dans notre société, la pratique du sport est largement valorisée. 

Le sport améliore la santé, renforce la confiance en soi, favorise le bien-être psychologique et social et contribue à une meilleure qualité de vie. Cependant, comme pour chaque activité apportant du plaisir et de la gratification, cela peut conduire à une place démesurée de l’activité dans la vie personnelle avec une forme de pression intérieure. Lorsque le sport devient une obsession et que son absence provoque des ressentis négatifs en cas d'incapacité à s'exercer: anxiété, irritabilité, culpabilité, mal-être… On parle alors de bigorexie - addiction au sport.

La bigorexie est reconnue par l’Organisation Mondiale de la Santé comme une dépendance comportementale. L’addiction au sport touche de plus en plus de personnes, particulièrement dans un environnement sociétal qui favorise le culte du corps, la performance et l’optimisation de soi, notamment à travers les médias et les réseaux sociaux.



Qu’est-ce que la bigorexie ?

La bigorexie est définie comme une addiction à l’activité physique, avec un besoin irrépressible de s’entraîner. La vie de la personne s’organise autour du sport, souvent au détriment d’autres domaines comme les temps de repos, le travail, les relations sociales, voire la santé.

Contrairement à la pratique sportive intensive mais équilibrée, la bigorexie engendre une compulsion. La personne peut continuer à s’entraîner malgré la douleur, les blessures, la fatigue ou les avis médicaux. On observe souvent une forme de déconnexion du corps et des sensations. La personne peut avoir l’impression d’être très à l’écoute de son corps, persuadée que celui-ci « réclame » les entraînements. Mais, en réalité, ce qu’elle interprète comme un besoin corporel correspond bien souvent à de la culpabilité, à une pression intérieure ou à un sentiment de manque lié à l’addiction. Les véritables signaux du corps comme la fatigue, la douleur, le besoin de repos sont alors ignorés ou minimisés.



Les signes de la bigorexie qui doivent alerter 

Plusieurs indicateurs peuvent témoigner d’un rapport problématique au sport :

  • un besoin impérieux de s’entraîner quotidiennement, parfois plusieurs fois par jour

  • un sentiment de manque, d’angoisse ou de culpabilité lorsqu’une séance n’estpas possible à effectuer

  • une augmentation progressive de l’intensité pour retrouver les mêmes sensations

  • une priorité absolue donnée au sport, au détriment du repos, des loisirs et de la vie sociale

  • des blessures qui peuvent être ignorées, minimisées ou mise sur le compte d’autres choses

  • un contrôle strict de l’alimentation, parfois associé à des troubles alimentaires

  • une dépendance à la validation extérieure ou aux performances

Du point de vue psychologique, la personne concernée peut ressentir une baisse d’estime d’elle-même lorsqu’elle ne s’entraîne pas, jusqu’à parfois avoir une difficulté à se percevoir en dehors de sa performance sportive.



D’où vient cette dépendance au sport ?


La bigorexie peut venir de différents facteurs :


1. La quête de contrôle

Le sport peut servir de refuge pour des personnes touchées par l’anxiété, un sentiment d’insécurité ou une faible estime d’elle-même. L’activité physique peut donner l’impression de maîtriser son corps et son image, créant un sentiment de puissance et de stabilité.


2. La pression sociale et esthétique

Les idéaux corporels présents dans les médias, les salles de sport et les réseaux sociaux peuvent renforcer l’idée que le corps doit être musclé, tonique, athlétique, performant. Ces normes sont intériorisées (parfois de manière inconsciente) et amènent à chercher à correspondre à cet idéal. Pour en savoir plus sur les pensées automatiques, c’est ici


3. Le renforcement biologique

Durant une activité sportive, le cerveau sécrète des hormones : endorphines, dopamine, adrénaline. Elles procurent plaisir, soulagement et euphorie. Comme pour d’autres addictions comportementales comme celle aux jeux, au travail, aux écrans, aux drogues…, le circuit de récompense peut s’emballer.


4. Le besoin d’appartenance

Pour les personnes pratiquant l’activité physique à travers les communautés sportives elles peuvent ressentir l'énergie très soudée de ces communautés. Cela peut être bénéfique, mais peut aussi amener une pression implicite et une comparaison pouvant être excessive : faire plus, aller plus vite, être plus fort.e ... La reconnaissance sociale s’associe alors à la performance


5. Les troubles alimentaires

Plusieurs médecins et chercheurs mettent en avant des liens entre l’anorexie et la bigorexie dans certains cas. Ces deux addictions comportementales partagent des mécanismes psychologiques similaires : besoin de contrôle, faible estime de soi, rigidité mentale, peur de “lâcher prise” et forte pression intérieure autour de l’image corporelle.

Dans l’anorexie, la restriction alimentaire devient un moyen de reprendre le contrôle sur ses émotions, son corps ou son identité. Dans la bigorexie, c’est l’activité physique qui joue ce rôle. Dans les deux cas, la personne se construit autour d’une discipline extrême, même lorsque celle-ci met sa santé en danger.

Le rapport au corps se rigidifie : il n’est plus vécu comme un espace de sensations, mais comme un objet à maîtriser, transformer, dominer. Le contrôle devient une finalité en soi.

Plusieurs cliniciens observent que de nombreuses personnes touchées par l’anorexie développent ensuite une bigorexie, parfois après une phase de “rémission” apparente. La stratégie de contrôle change : le sport prend la place de la restriction alimentaire.

Le sport devient une manière “acceptable socialement” de continuer à restreindre, brûler des calories, tenter de contrôler et modeler le corps ou tenter de maintenir un faible poids.

Cette transition peut donner l’illusion d’une amélioration : la personne semble “aller mieux”, elle remange, elle sort, elle fait du sport. Pourtant, sur le plan psychique, le mécanisme est souvent le même : hypercontrôle, culpabilité, peur de grossir, auto-exigence très poussée.

Le regard sur soi peut demeurer très critique. Le corps n’est pas vraiment habité, mais surveillé. Le repos est difficile, la douceur envers soi-même aussi.

On retrouve souvent chez les personnes concernées :

  • un perfectionnisme élevé

  • un besoin d’approbation

  • une anxiété importante

  • un sentiment d’insécurité intérieure

  • une rigidité dans les règles alimentaires ou sportives (controle, surveillance, compensation…)

  • une difficulté à tolérer les émotions

Un autre piège est la confusion fréquente entre “prendre soin de soi” et “s’astreindre à une discipline excessive”. La personne peut sincèrement croire qu’elle écoute son corps alors qu’elle répond davantage à la culpabilité, au manque, à la peur de lâcher prise.

Le corps devient l’objet d’une exigence constante, et non plus un allié.



Différence entre bigorexie et dysmorphie musculaire


La bigorexie est parfois confondue avec la dysmorphie musculaire. Dans ce dernier cas, la personne a l’impression d’être insuffisamment musclée, même lorsque ce n’est pas le cas. La bigorexie peut s’accompagner d’une dysmorphie, mais ce n’est pas systématique : certaines personnes sont surtout dépendantes aux sensations procurées par l’effort.



Les conséquences de la bigorexie sur la santé 


Si le sport est bénéfique, sa pratique excessive ou inadaptée peut devenir dangereuse. Cela peut amener différents troubles :


Sur le plan physique :

  • des blessures 

  • de la fatigue intense

  • des troubles hormonaux

  • la baisse de l’immunité

  • des fractures de stress

  • des problèmes cardiaques dans certains cas

Le corps ne dispose plus du temps nécessaire pour récupérer.


Sur le plan psychologique :

  • de l’anxiété

  • de l’irritabilité

  • une perte d’estime de soi hors performance. Pour en savoir plus sur les attentes psychologiques, c’est ici

  • une dépression

  • un isolement social 


Dans certains cas, la personne peut finir par ne plus se reconnaître en dehors du sport.



La frontière entre passion et dépendance


Beaucoup de sportifs passionnés s’entraînent régulièrement sans être bigorexiques. La frontière se situe moins dans la quantité que dans la relation au sport. La grande question est : Qui contrôle qui ?

Le sportif passionné peut choisir de se reposer, peut pendant plusieurs jours ne peut pas pratiquer, adapter son programme, écouter ses besoins. La personne bigorexique, elle, ne peut plus s’arrêter sans détresse émotionnelle.



Qui est concerné par l'addiction au sport ?


La bigorexie peut toucher :

  • des personnes anxieuses ou perfectionnistes 

  • des sportifs amateurs

  • des athlètes de haut niveau

  • des personnes en quête de transformation physique

Elle est souvent peu diagnostiquée, car le sport est socialement valorisé. On félicite la discipline, le courage, la rigueur… sans toujours percevoir les difficultés cachées derrière.



Revaloriser une vision équilibrée du mouvement


Le sport, au départ, est un espace de liberté, de jeu, de vitalité. Retrouver cet esprit peut être libérateur. Cela peut passer par exemple par :

  • varier les activités

  • réintroduire le plaisir

  • reconnecter avec ses sensations

  • accepter le repos comme partie intégrante de l’entraînement

Pour amener à ce que bouger soit une expérience vivante pour le corps, pas une punition.

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Comment sortir de la bigorexie ?


La première étape est la prise de conscience. Observer son rapport au sport, se poser des questions en étant honnête avec soi-même :

  • Est-ce que je peux m’arrêter sans me sentir mal ?

  • Est-ce que je culpabilise lorsque je ne bouge pas ?

  • Est-ce que je néglige d’autres aspects de ma vie ?

  • Est-ce que je m’entraîne malgré la douleur ?

Un accompagnement psychologique peut ensuite aider à :

  • identifier l’origine émotionnelle de l’addiction 

  • réapprendre à écouter son corps

  • reconstruire l’estime de soi

  • développer d’autres sources de plaisir

Dans certains cas, un travail pluridisciplinaire avec un psychologue, un médecin, un thérapeute corporel, un hypnothérapeute ou un coach sportif formé peut s'avérer utile.

L’objectif n’est pas d’arrêter le sport, mais de retrouver une relation plus saine et libre avec lui.



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Bien à vous,

Laurie Le Borgès




Bibliograhie

Cerveau & Psycho lien

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